Les classements internationaux d’avocats : pourquoi y participer et comment les réussir ?

Article original paru sur le site Village de la Justice le lundi 16 mars 2015

Vous les aimez tout en les détestant, mais quoiqu’il en soit, les guides juridiques internationaux, comme Chambers & Partners et Legal 500, sont un facteur influent du paysage juridique actuel. Chaque année les cabinets rassemblent leurs listes de dossiers (matters) pertinents, décrivent les temps forts (highlights) de l’année et mettent en valeur leurs domaines d’expertise (practice areas) afin de progresser dans les classements ou d’y entrer s’il s’agit de la toute première fois. Tous les cabinets ayant subi cet exercice se posent, à un moment donné, les mêmes questions : Est-ce que ces guides comptent ? Qui les regarde finalement ? Et pourquoi ai-je besoin de m’en occuper encore… déjà ?

Que cela vous plaise ou non, les classements internationaux sont utilisés par les clients, mais encore plus par les avocats étrangers qui cherchent un partenaire français (good friend ou best friend)  et par la presse internationale qui cherche des experts. Si vous cherchez à développer votre profil international, participer à des classements internationaux comme Chambers & Partners et Legal 500 devient un prérequis incontournable. Ces classements sont distribués partout dans le monde, et fournissent des renseignements utiles pour les tiers qui ne connaissent pas le marché des avocats français.

Maintenant que vous avez décidé que cela en vaut la peine, comment bien préparer un dossier (une submission) pour les classements internationaux ? Le processus est généralement constitué de trois parties : un dossier écrit ; une liste de contacts clients (referees) que l’enquêteur interroge afin de recueillir des feedbacks sur vous ; et une interview téléphonique avec le(s) associé(s) responsable(s) du domaine d’expertise en question. Il est important de noter que toutes les informations sont transmises de manière confidentielle. Voici quelques conseils pour réussir vos submissions.

Renseignez-vous. Pour la plupart, les guides sont transparents sur ce qu’ils attendent de vous et sur qui fait quoi au sein de leur organisation. Apprenez autant que possible sur l’enquêteur qui va s’occuper de votre région et de votre domaine d’expertise, ce qu’il préfère en termes de présentation et d’approche, etc. Au minimum, lisez bien les guidelines et la méthodologie qui sont généralement accessibles en ligne. A titre d’exemple, Chambers & Partners affichent ces informations en toute clarté : http://www.chambersandpartners.com/methodology et http://www.chambersandpartners.com/submissions-guidelines). Vous n’avez pas d’excuses pour ne pas être informés.

Structurez clairement votre submission et privilégiez l’essentiel. Chaque guide va plus ou moins vous demander les mêmes informations, donc pensez à recycler ce que vous fournissez pour les uns et les autres. Certains guides ont un formulaire en ligne que vous êtes très encouragés à utiliser. Il est important de vous présenter de manière concise et de bien choisir les dossiers représentatifs de votre domaine d’expertise (les listes exhaustives sont inutiles). Les professionnels qui analysent vos submissions sont inondés d’informations, et vous risquez de les  contrarier en mettant trop de détails ou des descriptifs de dossiers trop longs. Nous conseillons non seulement de condenser l’information, mais de décrire votre pratique comme vous aimeriez que le rédacteur l’écrive dans son éditorial final. Vous n’allez pas toujours leur faire dire ce que vous voulez (« put words in their mouth »), mais très souvent, le rédacteur sera plus inspiré par des phrases accroches succinctes qui ressemblent à son style journalistique, ce qui va rendre son travail de synthèse plus simple. Vous lui rendez donc service en ne donnant que les points clés bien formulés et vous augmentez vos chances d’avoir un éditorial final qui vous correspond.

Planifiez vos références client (referees).  Ne sous-estimez pas l’importance des feedbacks de vos referees et l’impact sur vos classements. Les guides sont clairs sur ce point : les feedbacks comptent pour entre 30% et 50% de votre submission. Choisissez donc des referees qui sont contents de vous (de préférence !), qui sont joignables et que vous avez contactés au préalable pour leur demander leur accord. Cela veut dire aussi que stratégiquement, il n’est pas forcément utile de choisir des referees qui font de l’effet à cause de leur notoriété ou de leur prestige, car en général ces personnes sont loin d’être les plus accessibles et disposées à parler de vous. Si l’enquêteur n’arrive pas à joindre vos referees, ceci peut nuire à votre submission. Sachez que les feedbacks restent anonymes dans l’éditorial final.

Demandez un entretien avec l’enquêteur. Bien que les interviews soient moins systématiques qu’avant, si vous demandez expressément une interview, il est peu probable que l’enquêteur vous la refuse.  L’interview est une excellente opportunité pour mettre en avant vos messages clés et vous assurer que toutes les informations sur votre domaine d’expertise ont bien été transmises à la rédaction.

Respectez les deadlines. Le plus tôt vos informations sont reçues, le mieux c’est et vous aurez moins de mal à gérer les changements de dernière minute. Souvent vous aurez des changements dans votre liste de referees ; sachezque certains guides comme Legal 500 sont de plus en plus stricts et n’acceptent pas de rectificatifs (même petits) après la deadline.

Petits cabinets : ne pensez pas que vous n’êtes pas concernés.  Le but des guides internationaux est de rechercher et de démontrer quels sont les cabinets les plus compétents par domaine d’expertise dans leur juridiction. Les plus appréciés ne sont pas forcément les plus grands et les guides en sont conscients. Chambers & Partners, par exemple, mentionne explicitement son engagement auprès des cabinets plus petits :

« At Chambers we are committed to identifying the best law firms globally, whether they consist of 1 lawyer or 100.

We are very aware that boutiques and smaller law firms contain some of the best lawyers, and generate some of the best legal work in the market. Consequently, our processes have evolved over time to accommodate as many excellent small firms and boutiques for ranking consideration as possible. And these firms have felt the benefit of being ranked by Chambers. »

Et finalement, ne sous-estimez jamais l’intérêt de faire intervenir un consultant professionnel dans le processus. En particulier, si vous envisagez de contester votre classement dans l’édition précédente, l’utilisation d’un tiers peut vous procurer un avantage pour souligner les points que vous considérez avoir été mal estimés par le guide en question. Un autre avantage non négligeable est que le consultant a comme but de vous faire gagner du temps. Son coût sera donc assurément  minoré ou amorti par ce que vous aurez pu facturer à vos clients durant  le temps ainsi épargné.

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